Laisse-toi porter par le vent
Le cerf-volant en toute liberté
Pour le festival de Palavas-les-Flots, j'ai su une semaine auparavant que le thème était "Sur un air de musique"... En catastrophe, j'ai donc construit un bon vieux disque vinyl, tout noir, tout rond. Sur l'étiquette, on peut lire "Sur un air de musique", fabriqué pour le festival de Palavas, septembre 1999.
Sur place, la météo était peu clémente, on a dû beaucoup s'abriter sous tente ou dans les bistrots. Mais le disque a volé...
C'était ce qui m'importait!
En 1999, j'ai eu l'occasion d'être invitée à Narbonne, pour un festival de cerfs-volants. C'était une époque où il suffisait de téléphoner au responsable, pour se faire inviter... Nous avons dormi sous tente, au camping et nous passions nos journées sur la plage, à voler.
Le thème était les "Natur'ailes". J'ai toujours craqué pour les libellules. Elles sont si fines, si gracieuses; elles ont l'air si fragiles et volent pourtant si vite!
J'ai donc créé ma Libellule. Elle n'a volé qu'à cette occasion. Le choix de faire des ailes en deux parties était une très mauvaise option pour le vol. Elle a rapidement échoué sur la plage et ses ailes translucides, si fragiles, se sont remplies ... de sable!
Il m'a fallu des semaines pour la nettoyer. Depuis, elle trône au-dessus de mon lit. Drôle de trophée! Merveilleux souvenir...
C'est cette année-là que le club de cerfs-volants "Archytas" a eu envie de créer des bannières. Ce sont des balises, que nous plantons dans le sol, lors de rencontres, pour marquer notre présence et décorer l'endroit. Ainsi, quand on arrive sur un terrain de vol, on sait tout de suite qui est déjà là. Certains ont choisi la poésie, d'autres sont plus techniques.
Archytas a choisi une forme de plume arrondie en haut, assez effilée, avec le haut identique chez tout le monde. Ensuite, chacun a laissé libre cours à son inspiration, à ses envies.
J'avais très envie de faire quelque chose avec un soleil, mais le thème avait déjà été retenu par d'autres. Alors, je me suis intéressée à la lune. Finalement, tant mieux, elle est plus mystérieuse, elle me fait plus rêver...
Enfin est venu le temps de la liberté pure! Faire voler mes "créations" me faisait déjà "planer" avec elles, mais seuls les dessins et les couleurs étaient de moi. J'ai donc eu envie de m'attaquer aussi à la forme. Pendant l'hiver, j'avais visité une convention de tatoueurs. Leurs dessins, leur graphisme m'ont tout de suite emballée. Cette année-là, des tatoueurs Maoris étaient invités d'honneur. J'ai beaucoup aimé leurs lignes pures, le contraste du noir et blanc, les dessins arrondis.
J'ai donc dessiné, puis cousu deux masques, inspirés de ce que j'avais vu. Ils représentent la joie et la colère, deux émotions fortes. Le défi consistait à faire voler des ovales. Grâce à une corde qui leur sert de queue, ils sont un peu plus stables, même si leur vol reste mouvant si le vent n'est pas bien régulier.
Mais je reste fière de les voir voler, à mes yeux, ce sont mes premières vraies créations.
Sur d'autres festivals, j'avais déjà remarqué des arches. Une multitude de petits cerfs-volants se "donnent la main", chaque extémité de l'arche étant attachée au sol. Les cerfs-volants dansent dans le ciel, en suivant les courants du vent.
Si le vent se calme, l'arche tombe mollement au sol. Quand le vent repart, l'arche se redresse d'elle-même, permettant aux enfants de jouer à nouveau avec les queues de tous ces cerfs-volants.
J'ai commencé par trois couleurs, en cousant trois cerfs-volants de chaque côté. Très vite, au fur et à mesure des couleurs que je trouvais sur le marché, j'ai pu agrandir mon arche. Maintenant, elle mesure à peu près 50 mètres de longueur, pour une dizaine de couleurs.
Je ne la sors pas à chaque fois, parce que ça peut vite prendre de la place et les autres cerfs-volistes ne sont pas toujours contents!
Ensuite, pendant l'automne et l'hiver suivants, je me suis documentée. J'avais très envie de faire partie du spectacle des grands festivals, d'avoir quelque chose à montrer. J'ai choisi, pour ma troisième construction, un engin de ligne. Ce n'est pas à proprement parler un cerf-volant, puisqu'il ne s'élève pas vraiment dans les airs. On le fixe près du sol, ou à la ligne d'un cerf-volant et il flotte dans l'air, à la hauteur où il a été fixé.
J'étais tombée sous le charme des grands bols de M. Gressier. J'ai même cherché les plans sur Internet. C'est la taille de l'engin fini qui m'a arrêtée. Pour le maintenir au sol, il faut le fixer... à une voiture! Je ne m'imaginais pas, manipulant un engin qui aurait une telle force de traction. Je me suis donc "rabbattue" sur un Anneau.
Beaucoup plus petit, il ne mesure que 4 mètres de diamètre et sa forme ne retient que peu d'air. Je suis donc capable de le déplacer seule (quand le vent tourne, par exemple), sans avoir peur qu'il m'échappe.
Il est constitué de 100 bandes de 10 cm de large, toutes cousues entre elles. J'ai choisi une toile de spi bleu nuit pour la couleur de fond. Une bande sur quatre est dorée, symbolisant les rayons du soleil. Puis, sur les bandes bleues, j'ai cousu des étoiles et des lunes dorées.
Ainsi, quand il tourne, sous l'effet du vent, on peut observer l'éternelle ronde du jour et de la nuit, du soleil, de la lune et des étoiles... Quand le vent y met du sien, l'anneau tourne et rebondit mollement sur le sable. En le regardant, on se laisse rêver, l'imagination vagabonde avec lui...
Pendant l'été 1998, j'ai passé la plupart de mes soirées à voler. Le soir, après le travail, nous nous retrouvions en-dessous de l'autoroute, dans un champ, pour voler. C'étaient mes premiers contacts avec d'autres cervolistes, j'y ai appris beaucoup.
Un soir en particulier, j'ai discuté un moment avec quelqu'un que j'avais déjà vu, une fois ou l'autre. Il m'a parlé d'un concours de création de cerfs-volants, pour un festival... Petit à petit, il m'a donné envie d'essayer, moi aussi, de laisser libre cours à mon imagination. J'ai donc créé DRAGANGE, pour le concours "Démons et Merveilles", à Rossinière (VD, Suisse). Les candidats sélectionnés se verraient invités à participer au concours sur le même thème, à Dieppe (France), énorme Festival Internationnal.
Mon cerf-volant n'a pas été retenu : je n'avais pas osé prendre de riques pour la forme, et l'hexagone n'a rien d'original... Qu'à cela ne tienne : j'ai pu participer au voyage quand même (en payant ma place, bien sûr), puisque le bus loué n'était pas complet :-)
J'y ai vu une telle foule, une telle diversité de couleurs et de formes! Oui, vraiment, j'avais envie de faire partie de ce monde-là. D'ailleurs, quelque chose me disait que j'en faisais déjà un peu partie, au fond de moi. Et j'ai commencé à construire...
Après avoir découvert les rudiments du pilotage (et des atterrissages non-contrôlés), j'ai eu très envie de fabriquer mes propres cerfs-volants. Je me suis d'abord rendue à un festival qui n'existe plus, qui avait lieu, tous les deux ans, à Bulle (Suisse). Là, tout près de l'autoroute, en pleins champs, cohabitaient les créatures les plus incroyables. Se côtoyaient de gigantesques structures gonflables, retenues par des voitures, à côté de tout petits losanges, coloriés par des enfants...
La rencontre décisive, pour moi, a été celle d'Olivier Reymond. Il fabriquait des cerfs-volants rectangulaires, de trois mètres d'envergure (Genki), représentant des personnages de BD. C'est lui qui m'a parlé de ses techniques savantes de couture en appliqués. La couture, je connaissais déjà. J'ai donc trouvé de la toile de spi (vous savez, ces grandes voiles de bateau, multicolores), des baguettes de carbone et un plan qui me plaisait. A ce moment-là, je n'imaginais même pas qu'on n'était pas obligés de suivre un plan pour espérer que ça vole...
C'est ainsi que j'ai construit mon premier cerf-volant, le SNOWFLAKE, ou flocon de neige. C'était en avril 1998. Un petit détail, à propos de mon Snowflake : il a beaucoup volé en bord de mer, là où les vents sont forts et réguliers. Mais lors de la construction, je ne pensais pas que la toile que j'utilisais avait un "droit fil". Ce qui fait que je ne l'ai pas coupé dans le bon sens. Au fil des vols, les bords d'attaque se sont légérement déformés et cela a changé sa façon de voler. Selon comment il prend le vent, il vole tout à droite ou tout à gauche du terrain. Comme ça le fait croiser les lignes des autres cerfs-volants, j'évite de le sortir...
Tout a commencé en faisant du snow board (surf des neiges)...
Pendant que j'attendais une arbalète, en bas de ma piste préférée, j'observais l'employé des remontées mécaniques. D'habitude, ce sont des paysans du village ou des étudiants qui s'occupent de l'installation, pour se faire quelques sous. Quand tout va bien, il n'y a pas grand chose à faire, c'est juste de la présence. Celui que j'observais avait bien compris qu'il devait juste être là, au cas où. Alors, au lieu de s'ennuyer ferme, il avait pris avec lui... un cerf-volant! Pas un de ces losanges, que l'on peut voir dans les illustrations pour enfants, non. C'était une sorte de voile, comme celles des parapentistes. Comme il n'y avait pas de baguettes, il n'avait pas de montage à faire, pas de risque que le carbone casse à cause du froid. Une fois replié, l'engin tenait facilement dans son sac à dos.
Je le regardais évoluer, tourner, accélérer,... On aurait dit un dompteur qui guidait un étrange animal inconnu. On ne voyait plus les lignes, seulement la créature qui obéissait au moindre mouvement de son maître...
L'endroit était très mal choisi : dans une cuvette, entre les arbres et la station de départ du ski-lift, juste là où le rare vent arrive en tourbillonnant! Pourtant, c'était magique.
Si bien que, dès le lundi, je me retrouvais dans mon magasin de sport, à choisir la couleur de mon premier cerf-volant...
En 1996, j'ai attrapé le virus du cerf-volant. Voir ces frêles esquifs évoluer, les sentir "vivre" au bout de la ligne, ça m'a reconnectée avec cette étincelle qui dormait, tout au fond de moi, depuis que j'étais enfant. Quand il n'y a plus que le ciel, ton cerf-volant et ce souffle qui le maintient en l'air, tout le reste devient superflu. Tes pieds ne touchent plus terre. Du moins, tu n'en as plus vraiment conscience. Toi aussi, tu voles. Tout ce qui compte, c'est ce sentiment d'harmonie retrouvée, cet accord entre l'Homme et les éléments. L'essentiel reprend sa place. Tu deviens ce cerf-volant, porté par l'air, puis le vent lui-même...
Dans ces quelques pages, je vais m'efforcer de te raconter le monde du cerf-volant, du moins comme je le perçois. Tu verras, c'est un peu comme dans le "vrai" monde : chacun a sa vision des choses, sa façon de le le voir, de le vivre. Le monde du cerf-volant est aussi complexe que tout autre. Je vais aussi te proposer quelques liens (mais que des gens que j'aime bien), pour que tu puisses te faire ta propre idée ;-)
Liste chronologique de mes constructions :
1. Snowflake, 1,5m x 1,5m, avril 1998
2. "Dragange", 1m x 1m, août 1998
3. Anneau "Jour et Nuit", diam. 4m, mars 1999
3 (bis). Bannière, hauteur 3m, mai 1999
4. Arche, long. 50m, mai 1999
4 (bis). Libellule, 1.60 x 1m, mai 1999
5. "Masques", 1,85m x 2m, juin 1999
6. Disque "sur un air de musique", diam. 2m, sept. 1999
7. Navette "bateau", env. 50 cm, sept. 1999
8. Matisse (Genki), 3m x 1m., mars 2000
9. Rossinière (Projet E2), 70cm x 1m, mai 2000
10. Bannière "Soleil", 5m, juin 2002
11. "Soleil" auto-portrait, juin 2002
12. Lion, août 2002
13. Regard, Jimmy, novembre 2002
14. Papillon, décembre 2002
15. "L'enfant, la lune et le soleil", Delta, décembre 2002
16. Train Arc-en-ciel, Yakkis, avril 2003
17. "Mon étoile", hexagone, mars 2004
18. Platz, mai 2004
19. "Fou", Rokkaku, juin 2004
20. "Eole", septembre 2004
21. Poisson-clown, novembre 2004
22. "Révolver", mai 2005
23. "Eclipse", juin 2005
24. "As' tral", avril 2006
25. "Transparences", Genki, mai 2006
26. "Prisme", novembre 2006
27. "Soucoupe", mars 2007
28. "Grand Rouge", mai 2007
29. "Jenni", mai 2007
30. "Mosaïque", Urban Ninja, mars 2008
30 (bis). "Niki", Urban Ninja, mars 2008
31. "Parapluie", 288 cm x 220 cm, avril 2008
32. "La Vie En Rose", Parawing, 133 x 133 cm, septembre 2008
33. "Musique", Lo-Do, 300 x 50 cm, septembre 2008
34. Pipa, novembre 2008
35. Kondor, mars 2009
36. ... à suivre ;-)